L’Enlèvement au serail

… ou Die Entführung aus dem Serail pour ceux qui préfèrent briller en allemand est à l’affiche de l’Opéra de Nice toute cette semaine avec une soirée étudiant prévu pour le début de la semaine prochaine. Le billet étudiant à 5 euros vaut-il la peine ou est-ce mieux de le dépenser en bières juste à côté, dans le Opéra Pub?

Il s’agit d’un opéra comique… enfin… il s’agit d’un singspiel. L’histoire date de 1782 et met en scène un carnaval occidental pendant lequel les Européens se déguisent en Turcs pour exorciser des fantasmes plus au moins suspects sur le plan sexuel. Tout ceci est bien souvent, et comme d’habitude, truffé de préjugés qui sont plus révélateurs des vices de ceux qui se déguisent que de ceux qu’ils représentent.
L’histoire semble simple – deux jeunes femmes se retrouvent prisonnières d’un pacha. Elle rejettent les avances du pacha et de son fidèle serviteur. Si vous êtes fans de romans à l’eau de rose de l’époque (18ème), vous connaissez les clichés. Pour ma part, j’ai toujours regretté les choix malheureux de ses héroïnes qui préfèrent un pauvre jeune homme asexué et sans le moindre sou devant la puissance d’un pacha, peu importe la circonférence de son Excellence. Il leur offre des richesses en bouleversant tout ordre établi qui voudrait que les filles ordinaires restent ordinaires… Ce début prometteur nous fait rêver d’une histoire subversive mais tout est vite gâché par les choix politiquement correctes des héroïnes qui résistent à l’oppression au lieu de l’utiliser comme outil de manipulation à leur avantage.

Le nom “singspiel” convient parfaitement car l’histoire est drôle et la production elle-même est drôle aussi. Drôle dans le sens d’étrange également. Les costumes sont magnifiques. Je ne sais pas si cela vaut la peine de débourser 5 euros pour voir (à voir absolument si vous y allez!) les chaussures de l’héroïne et les sous-vêtements du pacha. Détail intéressant – l’opposition entre personnages bons et mauvais (oui, c’est très manichéen tout ça!) se voit dans les vêtements que les chanteurs portent. Ainsi le noir est pour les méchants et le blanc est réservé pour les gentils et les jardiniers… Le cœur des janissaires est parfaitement bien habillé et fait concurrence au défilés parisiens de Miu Miu… Vous pouvez admirer tout ceci dans un décor consternant et minimaliste en containeur recyclé (et recyclable). Ah, la touche écolo-contemporaine! Peut mieux faire…

La mise-en-scène laisse perplexe. Les seins nus des esclaves sont hautement appréciables. Dommage qu’elles n’apparaissent qu’à deux reprises. Pourtant, c’est largement suffisant pour réveiller le vieux fantasme des orgies du sérail… ou était-ce le harem? Le cliché du pacha qui boit du café serré en se promenant fouet de queue de cheval sous le bras est bien vivant! Si vous vous décidez d’y aller, il vous faut prendre des places au centre car la mise-en-scène ne prend absolument pas en compte la circularité de l’opéra. Par conséquence, certains personnages restent en dehors du champ visuel pendant de longues minutes. Le meilleur endroit pour admirer le tout est d’aller tout en haut au Paradis… Toute cette étrangeté est rattrapée par le jeu des acteurs… non, chanteurs! Bien sur, ils chantent. Mais ils jouent pas mal aussi. Certains acteurs du TNT devraient s’en inspirer…
(que ceci reste entre nous, l’ami du pacha postillonne pas mal – heureusement que les musiciens sont dans le fossé et qu’il n’a pas de duos corps-à-corps car je vous laisse imaginer le désarroi de la partenaire… par contre sa barbe laisse rêveur(se)!)
Pour le chant… et bien à part la blondeur saisissante de la belle Konstanze, il faut se rendre à l’évidence que sa voix n’est pas faite pour chanter du Mozart. Les fausses notes du début sont imputés au fait qu’il s’agissait d’une générale et qu’elle n’était pas tenue de chanter à pleine voix. Peut-être. La musique qui accompagne tout ceci est répétitive, et, comme le disait mon jeune compagnon de loge “bien chiante”. De point de vue dynamique, il n’y a rien à tirer. On voit bien qu’il s’agit d’une œuvre commandé par les hautes instances (notamment, l’empereur d’Autriche ). Ecoutez bien pour entendre le triangle et le tambour et pour ne pas tomber dans un sommeil profond. Le texte, en Allemand s’il vous plait, est répétitif à en mourir. Par contre, les chanteurs articulent parfaitement et sont tout à fait compréhensibles – chose rare!
Si tout ceci ne vous ai pas convaincu d’aller voir l’Enlèvement, et bien, regarder cette photo:

Vous remarquerez l’état vétuste de l’opéra. La visite en vaut la peine uniquement pour photographier tout cela. Le plafond qui s’épluche et tombe doucement sur les têtes des spectateurs émerveillés par toute cette beauté… mais je m’emporte. Nous sommes témoins non seulement de la dégradation de l’histoire architecturale mais également à l’abandon des quelques valeurs culturelles qui nous restent. Il reste à espérer que le fantôme de l’opéra préfère le bâtiment dans cet état et qu’il y est bien installé. Bien sur, l’endroit n’a pas été nettoyé depuis des années. Je ne sais pas combien mais on ne peut plus admirer les mamelons des statues de la loge centrale sans plisser les yeux et éternuer quelques fois. Si vous êtes allergique à la poussière, vous manquerez certainement cet évènement de la vie culturelle niçoise…

Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Gotteleib Stephanie d’après une pièce de Bretzner

Direction musicale
Leopold Hager les 17, 19 et 22 janvier
Philippe Auguin le 24 janvier
Mise en scène Ron Daniels
Assistant mise en scène Jean-Christophe Mast
Décors Riccardo Hernandez
Costumes Deirdre Clancy
Lumières Mimi Jordan Sherin
Konstanze Anna Kristina Kaapola
Belmonte Maxim Mironov
Blonde Joanna Mongiardo
Pedrillo Peter Hoare
Osmin Kristinn Sigmundsson
Pacha Selim Wolfgang Rauch

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