« Si tu suis mon regard », le récit du « trash yéyé » Benjamin Biolay

Réalisé un soir de mai 2010 au Casino de Paris, « Si tu suis mon regard » retrace la tournée de l’album La Superbe de Benjamin Biolay. Le DVD, signé Laëtitia Masson (En avoir (ou pas), La repentie), nous ouvre les portes de cet artiste hors du commun. Baigné de spleens baudelairiens et d’airs poétiques, inspiré du rock et de la pop, admirateur de l’Amérique et de sa culture, le spectacle regroupe toutes les composantes de B.B. Œuvre d’art, véritable objet de collections : quelles sont les particularités de ce concert ? Quelles sont ses forces et ses qualités ?

Un mélange de bleus et de rouges.

Toute personne appréciant Benjamin Biolay connaît son goût pour les mots. Une poésie qui s’apparente à celle de Rimbaud, de Baudelaire. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que son spectacle débute avec Pour écrire un seul vers de Rainer Maria Rilke, poète allemand dont la leçon se caractérise ainsi : Pour écrire, il faut avoir vécu et ne pas oublier que l’acte même de composer est sacré et impérissable. Dès cet instant, la musique enchaîne : Audrey Blanchet à la harpe livre les premières notes de Tout ça me tourmente, suivie rapidement par Marc Chouarin au clavier, Pierre Jaconelli à la guitare, Dennis Bennarosch à la batterie et Nicolas Fiszman au piano. Sans négliger bien sûr, Benjamin, vêtu de noir et jouant dans une couleur bleue azurée qui dépeint une ambiance simple et, dans le même temps, pensive. Le bleu étant la couleur de l’introspection, on comprend bien entendu que l’auteur de Négatif démarre par une invitation à un voyage intime et personnel. Deux teintes sont à retenir, dans le concert : le bleu et le rouge. Le bleu, nous l’avons déjà expliqué, correspond à la rêverie ou à ce voyage introspectif que Biolay nous invite à partager ; Le rouge est plus violent. Incarnant les formes vives, il témoigne de la passion, de l’amour, du sang. Des colères, des libertés-également- qu’il s’offre. Comme lorsque sur Négatif, il part sur une reprise de Clint Eastwood, la chanson de Gorillaz. Les instruments jouent une place centrale sur la scène : ils sont vraiment au cœur même du spectacle. En particulier, le piano et le synthé : seuls instruments sur lesquels Biolay s’attarde. Un autre point n’est pas à déconsidérer, c’est la photographie du film et sa réalisation. Moteur incroyable de cette magie qui passe divinement et qui nous embarque dans cet univers décadent et sublime, nostalgique et plaisant.

Laëtitia Masson : la vision nécessaire.

Cette alchimie, cette beauté de l’image, elle est produite par Laëtitia Masson : un argument de taille dans l’œuvre de Biolay. Ayant débuté dans le cinéma avec une nomination aux césars, pour son premier film, En avoir (ou pas), elle s’est faite remarquer pour son travail de grande qualité et son engagement. Un engagement qu’elle qualifie, elle-même, de passionnée. Disant aux journalistes de Télérama qu’elle ne peut filmer que « des gens que j’aime et sur lesquels j’ai fantasmé ». De cette manière, elle justifie son attachement à l’auteur-compositeur-interprète le plus doué de son époque et attribue à cette réalisation, accompagnée d’un portrait de l’artiste et intitulée Dans ta bouche, un sens plus militant. Véritable déclaration d’amour, le fruit de son labeur participe à nous transmettre son entichement ; il n’est qu’une prolongation de sa propre vision. Une vision nécessaire de l’œuvre de Biolay.

Biolay, une œuvre qui revêt un nom : le trash-yéyé.

Car, si Laëtitia Masson n’a pas hésité à caractériser son action de militante, c’est probablement parce que Biolay n’a pas toujours été apprécié ou vanté pour ses talents de chanteur. Souvent adulé grâce aux textes et aux mélodies qu’il composait pour Salvador (Jardin d’hiver) ou Gréco (Deux au monde), ses propres albums n’ont pas tout de suite marché. Souvent critiqué pour son pessimisme ou son élitisme, Biolay a eu du mal à s’imposer en tant que chanteur, à revendiquer son répertoire. Un répertoire que l’on pourrait saluer comme étant celui d’un nouveau style musical, le trash yéyé. Du nom de son album le plus autobiographique, il dépeint rigoureusement la patte Biolay, faite de désinvolture dans les paroles et se berçant de musiques anglo-saxonne pour une musique délicate et douce.


 En définitive, un concert de Benjamin Biolay retracent tous les attraits du personnages : son émotivité décrite par des couleurs qui l’imprègnent, sa grâce retranscrite par Laëtitia Masson et son attachement et sa plume qui nous rappelle à quel point il est unique. Souvent décrié ou adulé, Biolay n’attire jamais l’indifférence ; car, un génie quoiqu’il advienne ne passe jamais inaperçu.

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2 Commentaires

  1. Le parcours qui m’a amené jusqu’à vous est intéressant, au risque de raconter ma vie je vous en fais part tout de même :
    Je me suis mis à regarder pour la énième fois ce concert fabuleux de Benjamin Biolay, et pour la énième fois le discours d’introduction m’obsédait… À chaque fois j’oubliais de chercher.
    Et il y a quelques semaines j’entame et découvre la prose de Rainer Maria Rilke (léo ferré m’avait également obsédé avec ce vers « je croyais y reconnaître du Rainer Maria Rilke c’est ce qui me pousse à aller vers lui, j’aime les passerelles), sublime ! Et hier soir en me repassant ce concert de Biolay, une révélation, je croyais y reconnaître du Rainer Maria Rilke, je fouine dans mon ouvrage acheté récemment « lettres à un jeune poète » rien, mais je suis persuadé que le discours d’introduction est de lui ! C’est une évidence.
    Mon dernier recours : Google. Et voilà comment je tombe sur votre blog, parti d’une intention que je trouve géniale et que je partage également dans ma vie et sur mon blog, la culture dans sa globalité. Et mon histoire que je vous narre est simplement la preuve d’une culture entière et alimentée, la preuve d’un passionné.
    Bref, bonne continuation :), j’arpenterai dorénavant votre blog, merci 🙂

    Réponse
  1. Rainer Maria Rilke – Lettres à un jeune poète « Live and Think

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