« Time Out », du bon temps

Synopsis
Bienvenue dans un monde où le temps a remplacé l’argent. Génétiquement modifiés, les hommes ne vieillissent plus après 25 ans. Mais à partir de cet âge, il faut « gagner » du temps pour rester en vie. Alors que les riches, jeunes et beaux pour l’éternité, accumulent le temps par dizaines d’années, les autres mendient, volent et empruntent les quelques heures qui leur permettront d’échapper à la mort. Un homme, accusé à tort de meurtre, prend la fuite avec une otage qui deviendra son alliée. Plus que jamais, chaque minute compte.

Dernière réalisation du Néo-Zélandais Andrew Niccols, Time Out (2011) fait parti du trio des films où il est scénariste / producteur/ réalisateur avec Lord Of War et S1m0ne. Ce film de science-fiction dystopique américain ne comporte aucun acteur au-delà de l’âge de 35 ans. En effet, le corps arrête de vieillir à l’âge de 25 ans, où un compte à rebours se met en marche dans l’avant-bras. Il faut gagner du temps pour continuer à vivre, sans jamais vieillir. Parti pris de la réalisation, il est dommage que quand une personne arrive à l’échéance de son temps, elle ne vieillisse pas d’un coup à l’image d’un portrait de Dorian Gray. Et puis il y a le syndrome « tout le monde il est beau et jeune »…

Le Temps, c’est de l’argent


Quand le temps est la monnaie universelle, que faire quand on gagne plus que ce qu’il nous suffit à survivre?
Quand on n’a plus d’être aimé avec qui le partager? On se paye une suite et  on commande une sorte de repas d’un condamné: frites et champagne.

C’est ce que fait Will Salas, interprété par Justin Timberlake. Devenu un parvenu, par la grâce de la mort d’un autre, on suit son destin au sein de la haute société: l’entrée dans une ville façonnée par un « capitalisme primaire », où les pauvres doivent mourir pour que les riches, quasi immortels, puissent garder la meilleure position dans la société. La ségrégation est aussi géographique. De nombreux payages, qui coûtent des mois de vie, sépare le ghetto de Dayton de l’El Dorado, New Gringrich. Autant dire qu’il n’y a pas de perméabilité possible lorsque l’on gagne tout juste de quoi survivre à l’usine. Mais Will Salas n’est pas le seul à se heurter à une autre réalité: il y a la découverte du ghetto par une fille de la haute aristocratie, la belle Sylvia Weis, campée par Amanda Seyfried (et son hideuse perruque).

Le scénario se focalise aussi sur un aspect plus « thriller ». Raymond Leon (Cillian Murphy), le Gardien du Temps est à la tête de l’enquête. Elle consiste à retrouver minute à minute ce qui a conduit le généreux donateur de Will, Henry Hamilton, à cesser de vivre. Pour lui, une simple donation n’est pas une explication valable, surtout quand l’homme décédé faisait partie de l’élite, et que son espérance de vie était de plus d’un siècle. Les habitants du ghetto doivent faire avec les Fauche-minutes, des voleurs de temps qui assassinent pour le plaisir, dans une sorte de régulation de l’espérance de vie moyenne par le crime.

Will & Sylvia

Est ce que c’est un syndrome de Stockholm lorsque l’héroïne vous apprécie avant que vous la kidnappiez? Même si c’est pour sauver vos deux vies? En tout cas, le film fait la part belle à la course-poursuite de ces nouveaux Bonny & Clyde. Mais avec une touche égalitariste à la Robin des Bois. Braquer des banques et fuir l’autorité est bien romantique, mais celà ne suffit pas à faire oublier les manques de cohérences du film: pas de garde dans les banques, ou le monde de Time Out semble tout petit (sauf quand on voit une carte du monde dans le bureau de Philippe Weis), pas de résistance silencieuse.

La complicité entre Justin Timberlake et Amanda Seyfried est bonne. Le jeu des acteurs sort le film de son côté fade, de son manque de profondeur. Amanda Seyfried rend plus sexy un film assez plat. Je persiste à penser que lorsque des gens n’ont plus que quelques heures à vivre, ils les vivent comme des écorchés vifs. Il n’y a pas vraiment de scène d’amour, ni de chair. Il manque ce désespoir. L’un des seuls aspects de cette soif de vivre se voit par le combat de Will et sa lutte des classes nouvelle génération.  Et que serait Will et Sylvia sans Raymond? Cillian Murphy est brillant, mais son personnage n’est pas assez mis en valeur. Raymond est une sorte de Will qui aurait fait d’autres choix 2o ans plus tôt. La réalisation empêche le spectateur de ressentir l’urgence dans laquelle se trouve le couple. Dommage.

Pour la défense…

Au niveau du design, les voitures sont lookées comme dans les 70s, mais font des bruits de réacteur. Dayton ressemble à une banlieue défavorisée avec des relans de société communiste. New Gringrich est la caricature du CBD américain, sorte de quartier des affaires et ses gratte-ciels de verre étincelants. Mis à part ces voitures « K2000 », les effets spéciaux sont assez bon, comme le timer de vie dans l’avant-bras et sa phosphorescence, et maitrise l’apparat d’explosion des films d’action. Les cascades sont réussies, la réalisation tout de même efficace et une belle photographie de Los Angeles par Roger Deakins (le chef-opérateur des frères Coen).

La musique de craig Armstrong est très belle. Elle n’est pas futuriste directement. Elle prend cet aspect avec les images du film. On ne retrouve pas des claviers clichés ou de grandes orchestrations lyriques. Non, le score est sobre et l’émotion est juste. L’urgence de vivre est sous-jacente, elle monte crescendo, note après note. Armstrong développe un alliage de cordes et de sonorités électroniques. Le son reste néanmoins organique en son âme. On y retrouve une poésie développée dans les oeuvres électroniques du compositeur (The Space Between Us, As If to Nothing) et sa maitrise des bandes-son plus « classiques ». Les pistes the Main Theme, Dawn in Dayton, sont représentatives de la composition de Craig Armstrong: une mélodie basée sur une ligne de piano, avec une fusion électronique, un peu à la manière d’une piste de Trip Hop. Lien vers une playslist youtube de l’OST.

Vole-t-on le temps quand on le donne? Il y a beaucoup de bon sentiment dans ce film, la bonne morale américaine bat son plein. Le désespoir des amants, les lectures politiques à différents niveaux, etc. Tout ce qui est absent du film, faute à une durée peu être trop courte, le rend imparfait. On retiendra une superbe BO, et une belle image. Une certaine déception reste.

Selon une locution latine inscrite sur certains cadrans solaires, Vulnerant omnes, ultima necat (« Toutes [les heures] blessent, la dernière [heure] tue »).

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