« Shame », il ne faut pas avoir honte de l’homme moderne.

Un film où Michael Fassbinder est filmé de près, où il peut se mouvoir nu devant la caméra sans honte. La vision du réalisateur nous place tour à tour spectateur de la vie du personnage de Fassbinder, Brandon, et en même temps dans les orbites de Fassbinder. On ressent sa montée de pulsion sexuelle, irrésistible et irrépressible. On découvre l’effet que fait Brandon sur les femmes qu’il rencontre comme si c’était nous assis dans ses chaussures. Sans gêne, sans honte aucune, il soutient son regard sur sa proie, tout animal sexuel qu’il est, qu’importe s’il la déshonore ou pas. Elle peut être jeune, mariée, prostituée… Il carbure au redbull, et a cette obligation inscrite dans sa chair : se masturber encore et encore. Chez lui, au travail. Il lui faut sa ration de porno. Chaque femme qu’il croise, il imagine qu’elle est docile, excitée par sa présence.

Erotomane en puissance, il tente de se dominer : seule celle où il jette son dévolu dessus sera séduite et plus si affinité. Seulement, il n’est pas uniquement cet homme oppressé par la société moderne, qui cherche à se distraire dans la lubricité. Il est aussi celui qui se laisse aller lorsqu’une fille joue le même jeu que lui. Une working girl en « tailleur sexy » peut avoir envie de ramener un homme chez elle, surtout s’il fait attention aux détails, comme la couleur des yeux. C’est tout à fait normal, avec le peu de temps pour séduire lorsque l’on est actif. Comme on peut avoir envie de faire l’amour en public, en plein air au lieu de son home sweet home. Les femmes peuvent aussi être nymphomanes.

Mais comment va-t-il réagir quand le personnage de Carrey Mulligan, Sissy, s’incruste chez lui ? Déjà qu’elle le harcèle au téléphone. On ne sait pas comment elle est arrivée là, mais elle semble un peu cinglée. Elle fait des concerts. Au fait, c’est sa sœur. Et elle se tape le meilleur ami, le boss de Brandon. L’idée que l’on puisse faire l’amour à côté de lui le choque, et pourtant, c’est ce qu’il fait régulièrement. Peut-être parce que c’est Sissy… Et c’est grâce à cette sœur qui le surprend dans le moment où il est le plus vulnérable, se branlant dans le lavabo, que finalement il va remettre en question son addiction au porno. Brandon va jeter tout ce qui a un rapport au porno : livres, dvd, sextoy et ordinateur.

Celui qui déclare qu’il n’est pas fait pour le mariage car il ne trouve aucun intérêt à rester sa vie entière avec la même personne, celui là même décide de s’engager dans une relation sérieuse avec Marianne. Mais après un tel niveau d’addiction au sexe, comment retrouver le gout du « bon sexe », légitime dans un couple ? Un petit coup avec une nana d’un soir, et là ça fonctionne. Plus lucide, il réalise ce qu’il était avant, en regardant la vie de sa sœur. Il se dégoute, se sent acculé contre le mur. Il erre, se cherche, sans que son double obsédé sexuel ne soit jamais loin. La dernière scène est un rappel du début du film. Le Brandon originel a bien évolué depuis.

Shame est un film sur la jouissance froide, qui se confond avec l’interprétation virtuose de Michael Fassbinder. On a du mal à réaliser que ce n’est que la seconde réalisation de Steve McQueen, auteur du fascinant Hunger avec le même Michael Fassbinder au centre. En choc frontal, cette œuvre sur la descente en enfer de l’homme moderne, s’inscrit dans la chair et l’esprit. Sombre et vertigineux, tel est ce film réservé à un public averti. Les corps ont cette fausse impudeur, dû à l’œil de l’ancien plasticien aujourd’hui réalisateur. La dégringolade finale donne plus de force aux images, qui se font plus fortes, froide comme la glace qui brûle et réveille. On se cogne à la réalité. Seule une cruelle amertume reste sur nos lèvres à la fin de la projection. Il n’y a aucune réponse, Shame explore un sentier déjà vu et revu par le cinéma d’auteur. Certes, McQueen a un talent fou, mais son film peut parfois être trop lisse, peut être pas assez violent visuellement, ni assez « sale » pour réellement marquer. Il reste une très belle réalisation et une interprétation magistrale. L’ombre de « M le Maudit » de Fritz Lang n’était pas loin, le prochain coup de McQueen sera le bon pour un chef d’œuvre, on l’espère.

Shame, Drame de Steve McQueen, avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale. Durée : 1 h 39

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