Souvenirs de la cour d’assises, l’amertume du juré Gide.


Souvenirs de la cour d’assises, paru en janvier 1914, est extrait de Souvenirs et voyages dans la Bibliothèque de la Pléiade chez Gallimard. C’est aussi le premier livre d’André Gide aux préoccupations sociales.

Il est né le 22 novembre 1869 à Paris, fils d’un professeur de droit romain. C’est après son baccalauréat qu’il décide de se consacrer à une carrière littéraire. Avec des amis, il fonde la NRF, qui en 1911 devient une maison d’édition sous la direction de Gallimard. En 1947, il obtient le prix Nobel de littérature. Il décède à Paris le 19 février 1951.

Sous forme de notes d’un journal qu’il devait tenir, André Gide se questionne sur le fonctionnent de la justice, ce qu’elle représente, et surtout, s’interroge sur le mince fil qui sépare l’honnête gens du criminel. Commentaires et réflexions sont le corps du texte. Dans ce pamphlet à la gloire de sa croisade sociale pour une justice plus humaine, Gide écrit les premières lignes des Souvenirs de la cour d’assises ainsi : « À présent, avoua-t-il à l’issue de cette session, je sais par expérience que c’est une autre chose d’écouter rendre la justice ou d’aider à la rendre soi-même. Quand on est parmi le public, on peut y croire encore. Assis sur le banc des jurés, on se redit la parole du Christ : « Ne jugez point  » ». Et pourtant…

André Gide est présent en tant que juré aux Assises de Rouen. Dans l’enceinte du tribunal, il en profite pour ouvrir grand les yeux et les oreilles. Pendant douze jours, il prend des notes sur les jurés, les accusés, et la cour : l’apparence, les manies, parfois il les compare à une caricature de Daumier. Il n’oublie pas de transcrire lapsus et quiproquos et le bouffon des dialogues. Puis il s’efforce de trouver des circonstances atténuantes pour les accusés, parce qu’ils ont l’air comme monsieur tout-le-monde ou qu’ils ont eu une triste vie. Il scrute aussi les réactions du public et de la cour. Le Président y prend pour son grade : son ton condescendant est raillé, comme l’impertinence de certaines de ses questions. C’est l’occasion pour l’auteur de critiquer la simplification dans la représentation des faits du réquisitoire. Ou encore comment on récupère une expression de l’accusé en sa défaveur. Ainsi, il rappelle « combien il est malaisé pour un juré de se faire une opinion propre, de ne pas épouser celle du président ».

Les affaires semblent courtes (excepté l’affaire Charles ou encore celle du marin Braz) tant elles se succèdent dans la centaine de pages des Souvenirs. En tant que juré, Gide a ressenti ce qu’éprouve un membre du jury « devant un questionnaire ainsi fait qu’il les force de voter contre la vérité pour obtenir ce qu’ils estiment la justice ». Il concède qu’il n’est pas rare qu’un juré juge « à la tête ». Gide le moraliste oublie que ses concitoyens n’ont peut-être pas l’esprit aussi affuté que le sien. Reste l’amertume d’avoir participé à une farce où la frontière entre coupable et innocent ne tient qu’à un fil.

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