« Dark Shadows », un vampire chez les hippies

Tim Burton est de retour avec son cortège de freaks. Cette dernière réalisation montre que la pomme n’est pas tombée loin de l’arbre. Il fait même mieux. L’offrande est un film noir et merveilleux, au gothique flamboyant, avec une touche Kitsch à souhait. L’humour parodique « à la Beetlejuice » est bien présent, l’émotion sincère aussi. Loin d’être la simple adaptation cinématographique de la série originale des 70s, Tim Burton s’en approprie l’essence et livre un film personnel et sincère.

Après la semi-déception du sombre Sweeney Todd et le merveilleux dégoulinant d’Alice in Wonderland, le réalisateur ébouriffé semble s’être retrouvé en retournant à ses premiers amours : les monstres et les familles à problèmes. L’occasion de rendre hommage à ses héros de jeunesse, et au cinéma fantastique de la Hammer. Il n’est pas loin de Big Fish et de Beetle juice avec leur cirque monstrueux. Dans Dark shadows, il ajoute à son bestiaire merveilleux un vampire drôle malgré lui et une louve-garou rock’n’roll et sexy. Johnny Depp produit et joue le rôle principal de cette huitième collaboration avec Tim Burton. Barnabas Collins, le vampire maudit par une amante éconduite et sorcière de son état. Un rôle de marginal blafard qui lui va à ravir. Pendant près de 200 ans, il est prisonnier du cercueil où l’a enchainé Angélique Bouchard, la sorcière éconduite. Eva Green campe cette sorcière jalouse et prête à tout pour posséder le cœur de Barnabas : tuer les parents et la femme qu’il aime. Lorsqu’il sort de son tombeau, il entre de plein pied dans les années Woodstock. A l’instar des Visiteurs de Jean-Marie Poiré, Barnabas découvre le monde moderne. Génial dans sa raideur,  l’accent British et l’humour, Depp interprète un vampire sympathique qui, comble de l’ironie, veut insuffler un sang neuf face à la médiocrité de ses descendants. Cette famille, c’est la bourgeoise coincée mais maitresse de maison, sa fille Carolyn, la louve-garou fan de rock ;  l’oncle obsédé et négligeant vis-à-vis de son fils David qui voit le fantôme de sa mère et la psychiatre alcoolique qui s’incruste depuis 3 ans. Sans oublier Victoria Winters, la gouvernante qui ressemble trait pour trait à la femme de Barnabas assassinée par Angélique en 1772. Comment va réagir le vampire distingué (mais assoiffé) face à une malédiction qui semble se répéter ?

A l’instar d’Edward Siccisorhands et de Mars Attack !, Tim Burton en profite pour faire ressortir sa critique douce-amère de la société de consommation, de l’ennui et du manque de culture des américains. C’est une critique sociale, nihiliste et joyeuse à la fois, avec son avalanche de gags pour soap opera gothique à souhait. La petite lutte pour savoir qui aura la meilleure usine à conserve de poisson de Collinswood entre les Collins et Angélique par exemple. On adore lorsque Barnabas tombe nez à nez avec le M lumineux d’une enseigne McDonald’s, s’écriant « Méphistophélès ! » ou  lorsqu’il déclare sur Alice Cooper que « c’est la femme la plus laide que j’ai jamais vue ». C’est aussi le film le plus érotique de Tim Burton, c’est le genre du vampire qui le veut ! Angélique et Barnabas sont torrides, Depp hypnotise comme ses ainés Bela Lugosi et Christopher Lee (ce dernier a d’ailleurs un petit rôle).

On ne boude pas son plaisir tant le casting est une gourmandise. Johnny Depp est un vampire tragicomique, on est bien loin de Twilight. Michelle Pfeiffer fait son retour chez Burton, et c’est un réel plaisir de la voir illuminer les séquences où elle joue cette matriarche alors que tout va de travers. Helena Bonham Carter est désopilante en psychiatre de comptoir alcoolique. Eva Green et son sourire carnassier, sa plastique torride. Bella Heathcote est bien fraiche comme un fantôme. Chloe Moretz est très bonne en lolita rock n roll aux pauses alanguies et au langage fleuri. Le reste de la distribution est tout aussi bon ! Et le caméo d’Alice Cooper. Rien à redire sur la bande-son parfaite de Danny Elfman, complétée par des titres 70s voire très flower power.

Le grand enfant Burton a mûri, et nous avec. Il ne faut jamais oublier que pour voir un film de Tim Burton, il faut ouvrir grand notre cœur d’enfant. On adore ou on déteste comme tel. Cette réalisation est bien du Tim Burton, et qui plus est, sincère. On regrettera quand même un petit manque de poésie éthérée dans cette réalisation, qui repose beaucoup sur les effets spéciaux. Il faut accepter le choix de Tim Burton de réaliser une comédie gonzo, différente de l’ambiance de la série de Dan Curtis. Alors même si la storyline est un peu faible, le plaisir qu’on tire du film ne doit pas se bouder tant c’est beau et bien joué.

Dark Shadows (1h 52min), une comédie fantastique de Tim Burton, avec Johnny Depp, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Eva Green, Jackie Earle Haley, Jonny Lee Miller, Chloë Grace Moretz, Bella Heathcote…

En salle le 9 mai 2012.

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