Bohringer, sans parapluie.

Richard Bohringer a décidé de traîner sous la pluie. Et, il le fait en se mouillant avec talent.

La poésie émerge dans la douleur. Sans doute, Richard Bohringer, dont les multiples turpitudes ne sont plus à divulguer, le sait mieux que quiconque. Lui, qui dès le début annonce ne pas être Rimbaud pourrait être catalogué dans la série des Baudelaire, Musset ou Verlaine. Certes, le génie de ses pairs illustres est inatteignable, mais Richard a saisi toute la force qu’il tirerait du malaise. De son malaise. Afin d’endosser le costume de poète. Victime de l’hépatite C, il l’est surtout d’une humanité qui l’agace et l’exaspère. D’un hôpital où son seul ami se situe dans sa tête, un grand singe imaginaire. Un grand singe qui nous ramène là où Bohringer souhaite nous ramener : à l’origine. Au commencement. Au milieu de la solitude et de la nature. D’un temps révolu qui est celui de sa jeunesse. Et qui renaît non pas dans une tasse de thé, comme le temps perdu de Proust, mais dans le swing d’Eddy Louiss. Du jazz éternel. De l’harmonie.

L’acteur de théâtre établit, dès lors, une dislocation pas si étonnante entre l’être et le non-être qui le renvoie à la question shakespearienne de son existence : Richard incarne la naïveté et la douceur du souvenir ; Bohringer, l’homme blessé par la vie- donc, la proie de la mort.

Richard incarne le héros vivant auprès de ses parents. De sa mère antisémite et de son père combattant dans les troupes nazies, pendant la guerre. Il évoque son abandon. Ses multiples personnes qui se substitueront à sa vraie famille. Qui substitueront Richard à Bohringer. Le cœur brûlant. La peau à vif. L’expression du regard atrabilaire. Son style syncopé, bref, concis. Son enfermement, puis les êtres qui l’ont aidé, qui l’ont éclairé de leur talent et de leur affection : Mano Solo, Bernard Giraudeau. Ses sauveurs au milieu de la tempête. De ce monde baroque qui est le sien, où la tempête, c’est lui-même. Solo et Giraudeau, représentant de l’accalmie. De l’accalmie au centre de l’orage et des éclairs. Des regrets et de l’amertume. De ce monde enténébré où le conseil donné au lecteur est le suivant :

L’orage gronde.

Ne traîne pas trop sous la pluie.

La mort vagabonde.

Et c’est la noirceur qui luit.

Richard Bohringer, « Ne traîne pas trop sous la pluie », ed. J’ai lu, 119 pages.

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