Une exposition tricolore au MAMAC jusqu’au 16 décembre 2012

L’année anniversaire du cinquantenaire de la disparition du Niçois Yves Klein, le MAMAC associe le créateur de la monochromie bleue à la blanche de James Lee Byars et au rouge d’Anish Kapoor. Le musée niçois réunit trois artistes séparés dans le temps et l’espace, qui ont proposé un monde d’expériences et de performances monochromatiques au nom d’une volonté d’art total.
La monochromie permet une expérience poétique et sensible, et le MAMAC invite à plonger dans trois univers chromatiques distincts, où la couleur n’est qu’une des sensations présentées.
Cependant, on ne pourra s’empêcher de voir dans ce choix des trois couleurs, une volonté politique qui s’exprime. Dans un département où la droite nationale est si forte, y visiter une exposition qui se décline en Bleu, Blanc, Rouge paraît loin d’être une coïncidence. On regrette que l’art puisse être– si tel est le cas – détourné et utilisé de cette manière. Soit. Mais qu’en est-il de l’exposition ?

Bleu outremer
Dans la salle « bleue » d’Yves Klein, une mer de pigment pur occupe la partie centrale et des sculptures d’éponge, de bois ou de fer ornent un pan de mur. L’envoutement demeure et les monochromes sont des merveilles, avec leur gaze montée sur panneau. Enfin, les Anthropométries bleues évoquent le corps lascif de femmes nues apposés sur la toile donnant naissance à des Ondines. Sur la grande toile, les corps ont glissé sur la toile et les naïades sont devenues sirènes. Si la toile de 1960 comporte qu’une empreinte de face d’un corps de femme, celle de 1961 est composée des multiples impressions que laisse la nudité colorée du modèle, allongée sur la toile et roulant sur son flanc. Le Bleu de Klein est mat, dense et opaque. Son abstraction désirée nous emmène dans l’éther des cieux.

Blancheur virginale
L’américain James Lee Byars est en quête de pureté, de l’intouchable. Kandinsky a dit « le blanc agit sur notre âme comme un grand silence, absolu pour nous ». Trois œuvres sont à l’honneur, laissant l’imagination faire le travail de figuration dans la simplicité relative du marbre de Thassos. Il est un matériel pur, sans nervure mais terriblement poreux. Cette faiblesse est ce qui séduit dans l’art de Byars. Il a taillé dans la noble pierre Concave Figure, cinq éléments penchés qui évoque des pèlerins en marche pour Saint Jacques de Compostelle. The Human Figure et ses 100 sphères de marbre forment une ellipse, qui avec le bon éclairage, semble faire partie d’un rituel oraculaire de la Grèce antique. Quant à The Moon Column, elle se dresse vers la lune, avec sa forme concave de passerelle vers l’espace.

Rouge sacrée, symbole de vie et de mort
L’Indien Anish Kapoor convoque le rouge sacré du Tilak (le 3ème œil), et du sang qui apporte la vie comme la mort. La cire rouge rappelle les cierges des offices, des sceaux médiévaux. L’artiste en a fait une seconde peau de rêve, où les formes géométriques sont en fait mésomorphiques (ni informes, ni cristallisées). Son Past, Present, Future convoque l’espace-temps dans ce dôme de cire, d’acier et de peinture à l’huile rouge. Sur chacune de ses œuvres, la cire semble en mouvement, prête à absorber le spectateur. Une vie carminée est présente derrière les matières solides comme le verre, l’acier ou le bois. La cire se répand sur les structures et se dirigent vers l’extérieur, vers nos sensations : l’odorat et la vue.

[Article rédigé  et paru dans  le Patriote Côte d’Azur]

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