Le Zulu de Jérôme Salle dénonce une hypocrisie post – Apartheid

Zulu est le quatrième long métrage du français Jérôme Salle. Adapté du roman à succès du Breton Caryl Férey, Zulu est un polar d’une noirceur sans pareil. Il narre l’enquête de deux flics, un blanc et un noir, encrassés par leurs démons intérieurs au coeur d’une Afrique du Sud post-Apartheid. Racisme, drogues, alcool, pardon et vengeance sont les maîtres-mots. Présenté en clôture de la Compétition Officielle du Festival de Cannes, Zulu est un thriller haletant de très bonne facture. Son casting international est excellent et le ryhtme, mené tambour battant. On oublierait presque les semi-convaincantes réalisations passées, d’Antony Zimmer  aux Largo Winch. Mention spéciale à l’incarnation détonante d’Orlando Bloom en flic ravagé et à Forest Whitaker qui transcendent des archétypes galvaudés.

C’est aidé de son comparse de toujours, le scénariste Julien Rappeneau que Jérôme Salle se lance dans cette énième adaptation d’une oeuvre littéraire. Cette fois, c’est le polar noir de Cary Férey qui devient à l’écran Zulu, un thriller tout aussi sombre et malsain que les réminiscences racistes de l’Afrique du Sud post-Apartheid. L’histoire commence sur la découverte du cadavre d’une jeune blanche aisée dans un parc, le visage tuméfié et des traces d’un rapport sexuel. En même temps, une nouvelle drogue envahie les quartiers défavorisés et poussent les jeunes noirs à s’entretuer. Des Townships aux luxueuses villas du Cap, deux enquêteurs, un Zulu et un Afrikaner vont devoir faire face à leurs démons et ceux qui hantent encore l’Afrique du Sud.

Brian Epkeen (Orlando Bloom) (c) Pathé

Brian Epkeen (Orlando Bloom) (c) Pathé

Des personnages « haut en couleur »

Zulu ne trahit pas l’âme du roman d’origine, et nous fait plonger sans détour dans les ténèbres d’antihéros en souffrance. Le Zulu Ali Sokhela, campé par le parfait Forest Whitaker, est un personnage tout nuance de gris, qui cache un très lourd passif derrière son masque de bonté et de sociabilité. Mais la grande surprise se trouve du côté de Brian Epkeen.  Le flic Afrikaner, alcoolique, divorcé, et s’envoyant en l’air dès que possible. Orlando Bloom est loin des rôles qui ont fait son succès, comme l’elfe Legolas dans le Seigneur des Anneaux, le pirate des Caraïbes Will Turner ou encore le romantique jeune homme de Rencontres à Elisabethtown. Non, cette fois-ci, Orlando Bloom est bestial, perdu dans un tourbillon où son être erre, à l’haleine travaillée à la bière, les lunettes qui lui mangent le visage, la barbe non entretenue. S’oublier pour oublier. Pour la rugosité du rôle, il a choisi de s’enlaidir: il a grossi et s’est doté d’une allure brutale et instinctive. Il a aussi bossé pendant plus d’un mois avant  le tournage l’accent du pays. L’elfe est devenu un homme. Chaque plan où il apparait porte sa marque et raconte l’histoire d’un type qui malgré toute sa volonté pour faire le contraire, est forcé de regarder en face pour s’ouvrir les yeux sur lui-même.

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Efficacité et goût du risque

Caméra à l’épaule Jérôme Salle a récusé la facilité en tournant en Afrique du Sud pour s’imprégner de l’ambiance, de la beauté des panoramas vus des luxueuses villas du bord de mer à la poussière étouffante des townships. Il faut avoir le goût du risque pour s’aventurer ainsi en ces terres, surtout quand l’un des thèmes du film est sur un complot pharmaceutique visant, tout bonnement, à créer un génocide ethnique. Quoi de mieux pour faire grincer des dents une Afrique du Sud qui n’a de cesse de panser les blessures d’années de racisme sanglant? La réalisation / production françaises n’ont pas à pâlir face à ce que produit Hollywood. Jérôme Salle ne manque pas de talent, il a la volonté de respecter les codes du thriller. Le sujet est peut-être trop dense et le temps trop court pour permettre de développer pleinement la profondeur du roman sur les caractères, l’exploration des lieux. Il en découle un goût amer de superficialité dû, peut-être, au défaut d’un regard inédit face aux codes du thriller.
Ce film d’une noirceur sans pareille (pour une interdiction moins de 12 ans) est extrêmement efficace, marquant dans ses fulgurances de violence, et démontre un savoir-faire comme on voudrait en voir plus dans le cinéma français.

Date de sortie 4 décembre 2013 (1h50min)
Réalisé par Jérôme Salle
Avec Orlando Bloom, Forest Whitaker, Conrad Kemp , etc.
Genre Policier
Nationalité Français
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  1. Le Zulu de Jérôme Salle dénonce une hypocrisie post – Apartheid | J-S Gino-Antomarchi

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