Soie, Alessandro Baricco

Hervé Joncour a vécu une vie à l’image d’une étendue d’eau, à la fois agitée et calme selon les rides du vent sur sa peau aqueuse. Chacune des gouttes d’eau qui compose ce lac vital sont l’amour, la passion, la découverte, l’amitié, l’attente, le désir, la déception, la dévotion, la perte, sur lesquels il a mené sa barque au cours de ses expéditions « par là, toujours tout droit. Jusqu’à la fin du monde ».

Lorsqu’un soir Hervé Joncour reçoit de son amante exotique et sensuelle un idéogramme où sont blottis les mots  » Reviens ou je mourrai », il ne se doute pas que sa femme Hélène, restée à Lavilledieu, l’attend et n’en pense pas moins : « Je ne peux l’en empêcher. Et s’il veut aller là-bas, je peux seulement lui donner une raison de plus de revenir ».

Séparé par une mission sacrée pour son village, il vit une double vie, interprétant celle qui sied le mieux à l’environnement qui l’entoure. Au Japon, il se laisse porter par le courant au gré de ses découvertes en terre inconnue, découvrant une philosophie à l’image de son île, aquatique. Pour atteindre cet archipel, il lui faut traverser de froides étendues d’eau glacée, une Sibérie hostile où l’élément aquatique n’a d’égale que la peine qu’il doit taire en lui, pour se plonger dans les yeux de son amante à l’Est ou retourner dans l’étreinte chaleureuse de sa femme à l’Ouest. Peut-être que, à l’instar de ses sentiments, le toucher d’Hervé est devenu si distant et glacial que son étreinte n’est pas suffisante pour lui permettre d’avoir un enfant d’Hélène.

Il reste hanté par la femme sans nom d’Hara Kei, son hôte japonais. La voix de soie d’Hélène ne peut rien dans la rêverie d’Hervé Joncour. Il aime sa femme mais ne peut rien face à la torture de sa curiosité pour celle qui a été son amante : « Je n’ai même jamais entendu sa voix. […] C’est une souffrance étrange. […] Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais ».

 Une vie à aimer, à voyager et à s’oublier. Oublier d’où on vient, qui nous aime, et finalement s’oublier dans sa rêverie. Noyé comme une goutte dans l’océan, par le flot des émotions. Son passé est dans un enclos à vers à soie, et son futur devant ses yeux.

 Et si finalement, la vie d’Hervé Joncour était à l’image d’une infusion de thé, un mélange de saveur immergé dans l’eau bouillante, éveillant nos sens. Nous la portons à nos lèvres, tout en gardant le goût d’une amertume sur notre palais.

Nous sommes peut-être de « ceux-là [qui] contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie ».

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